LE COUPLE EN QUESTION(S)
- Bongue Camille
- 20 août 2018
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juil. 2019
C’est une banalité qui reflète néanmoins une réalité inévitable : le couple n’est pas une aventure facile, et il n’existe pas de « couple idéal », malgré l’image qu’on peut s’en faire ou en rêver. Entre les incompréhensions inéluctables, les compromis nécessaires mais difficiles, et l’installation d’une fatale routine, l’aventure à deux a toujours du mal à trouver son équilibre.
Vivre à deux : aventure ou épreuve ?
On tombe amoureux, on se fait une idée, une image de l’autre, plus ou moins idéalisée, et un jour, il nous déçoit, ou s’oppose à nous en se rendant étranger, nous montrant un autre visage au gré d’un événement parfois insignifiant, ou au contraire très grave. C’est alors tout l’édifice qui bascule, qui est mis en danger ou qui du moins, est déséquilibré.
Parfois, de cette violente différence qui nous oppose et nous éloigne brutalement de l’autre, naît une nouvelle image de lui, advient la découverte d’un nouveau visage de l’autre qui peut être aimé autrement. Mais parfois, la déception, la « désidéalisation » à l’épreuve de la réalité, se trouve indépassable.
Souvent aussi, et parce qu’en aimant l’autre on aime aussi une part de soi-même, une image que l’autre nous renvoie de façon « narcissique », en somme un miroir valorisant, on a tendance à fonctionner « en miroir » quand des oppositions émergent : réactions symétriques de défense, violentes oppositions qui empêchent l’échange, au lieu de « laisser la place à l’autre », à sa différence, sa singularité, et son mystère qui demeure et demeurera toujours. Ici, au lieu de séduire, le mystère, comme une différence obscure et radicale surgie de nulle part, effraie.
Le couple vit alors « une crise ». Or, cette crise ne s’adresse pas seulement à l’autre mais au couple lui-même, dans toute son histoire. Il faut donc la voir comme une possibilité de relecture de l’évolution des liens qui unissaient l’un à l’autre. Ce peut-être, à travers la crise du couple, une crise d’identité. Le thérapeute analytique est alors là pour aider la personne à questionner et réparer cette identité et ce, en présence de l’autre qui en comprend alors les enjeux. Il peut s’agir d’une crise du désir ; celle-ci permet souvent de questionner ce qui, dans le rapport sensuel, sexuel avec l’autre, est resté refoulé, inhibé… Si cette crise est résolue, le désir et la vie sexuelle seront amenés à évoluer, se transformer, et ouvrir un nouvel horizon à l’amour charnel comme spirituel. Il s’agit, en thérapie de couple, d’une redécouverte, par la mise à jour de l’inconscient et grâce à l’association libre des idées face au et avec le thérapeute, de redécouvrir à la fois l’autre, son amour pour lui, et la relation elle-même.
Comment fonctionne la thérapie de couple ?
Par un effet de « triangulation », tout d’abord, les partenaires apprennent à renouer la communication grâce aux interventions du thérapeute qui se fait le médiateur de la parole, qui révèle les sens, intentions, émotions qui se cachent derrière le discours, et qui permet aussi, par ses questions et interprétations, à le libérer.
Ensuite, les partenaires créent, grâce à la bienveillance et la sécurisation du thérapeute, un espace de parole neuf, inédit ; souvent, des choses qu’on n’avait jamais dites, qu’on n’osait pas dire ou même qu’on ignorait, émergent de ce travail à trois. Ici le thérapeute se fait « passeur » sur le cheminement du couple, il le soutient dans la relecture des épreuves qu’il a vécues, ou vit actuellement.
Le thérapeute accompagne à la fois chacun des partenaires, et le couple lui-même. Il redistribue la parole parfois monopolisée, inégalement habitée. Il aide à faire émerger les paroles qu’on croyait indicibles, trop douloureuses à adresser. Le thérapeute se fait aussi l’« adresse » du discours, recueille l’agressivité larvée, les rancœurs cachées, permettant à l’autre de les entendre sans en souffrir trop directement, mais au contraire, de façon médiatisée, atténuée par la présence du thérapeute.
Pourquoi faire une thérapie de couple ?
Paradoxalement, très souvent, on ne sait pas bien si on entreprend la thérapie pour se réconcilier, se remettre ensemble, réparer des blessures qui nous semblent insurmontables, ou au contraire, « apprendre à se séparer ». La thérapie de couple est une « aventure à l’aveugle », il faut pouvoir se laisser porter par l’instant présent de la séance, sans rien prévoir ni projeter à l’avance de ce qu’il en sera de l’issue du travail. Et bien souvent, on observe un « renversement » de la situation de départ : des couples venus « lâcher » tout ce qu’ils ne parvenaient pas à se dire, pour en finir, se redécouvrent et retombent amoureux, différemment.
D’autres, pensant réparer leur couple, découvrent que le chemin passé ensemble a atteint son point de non-retour, son achèvement. Mais ici, la thérapie permet une « séparation en bons termes » : l’un et l’autre des partenaires réalise les impasses auxquelles il est confronté, mais aussi, ce qui de positif demeurera dans son souvenir. Les rancœurs et les haines peuvent être dépassées grâce au thérapeute qui aide à tirer leur sens caché, à comprendre ce qui se cache derrière ces sentiments négatifs, et à rendre à chacun sa responsabilité, sans accabler l’autre.
Enfin, dans ce cas, le travail s’achève par un deuil mené à deux, lorsque la relation se révèle être morte.
Dans un cas comme dans l’autre, à travers ce travail à trois, chaque personne du couple aura appris à se découvrir face à l’autre.
Souvent, ce travail, qu’il débouche sur une consolidation du couple ou sur une séparation, est amené à se poursuivre en psychanalyse individuelle, car la personne a appris à connaître certaines de ses failles, de ses blessures enfouies et inconscientes, lesquelles entravaient le couple, mais aussi lui-même. Ces questions peuvent être approfondies en psychanalyse, et apporter une véritable libération.
A la fin du travail, même si le couple aura répondu à des questions, issues des incompréhensions qui l'encombraient ou des doutes qui l'habitaient, il repartira certes avec des réponses, mais avec de nouvelles questions à poser ensemble et séparément, qui ouvriront un nouvel horizon à leur relation.



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